Politiques culturelles

Published on juillet 23rd, 2016 | by MagMozaik

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Bayonne: Hautes tensions festives

Actualité oblige, Bayonne s’apprête à vivre des fêtes sous haute surveillance. Néanmoins, quelle meilleure leçon de résistance et de vie donner à la barbarie que de maintenir ce moment convivial et festif de partage et de liberté, quitte à composer avec quelques règles de sécurité et de modération! Mais la fête, ce n’est pas s’étourdir en ivresses incontrôlées, souvent sujettes à quelques dérapages abjects qu’il aura fallu cette année de souffrances pour les pointer du doigt alors qu’ils existent en bien des lieux de débordements, de San Firmin à Dax! On vous le dit, tout est question de mesure et de bien penser le concept de liesses populaires.

Mesures sécuritaires et programme minimaliste

Les récents événements et la prolongation pour 6 mois de l’Etat d’urgence en France menaçaient bel et bien, jusqu’à aujourd’hui encore,  la tenue des Fêtes de Bayonne dont on sait l’impact national voire européen en termes de créativité, de convivialité et surtout de fréquentation. Un modèle du genre qui rassemble chaque année, sur 5 jours d’extraordinaires échanges et rencontres festives, environ un million de personnes venues de l’Europe entière! Il aura fallu la détermination du Maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray et la conviction du préfet pour maintenir un événement majeur, inscrit dans les gènes de la ville depuis des décennies. Avant de dérouler le programme de cette année, qui s’annonçait pour le moins novateur, petit point sur ce que sera réellement cette édition placée sous haute tension.

Compromis a été efficacement trouvé entre le droit d’organiser des fêtes de résistance sans se laisser intimider par l’abjection de quelques miasmes destructeurs et la nécessité d’assurer la sécurité des citoyens, quoiqu’il advienne. Si le programme subit des modifications drastiques, l’esprit et l’essence mêmes des fêtes n’en demeurent pas moins présentes, droits dans leurs bottes! Il s’agit, en ce farouche maintien,  en l’occurence, d’une double responsabilité assumée par la ville et l’Etat, moyennant des concessions qui paraitront sans doute bien difficiles à vivre pour une telle manifestation et pour ses acteurs emblématiques!

Côté Etat, des mesures ont été annoncées hier déjà qui visent à une augmentation conséquente des effectifs et à des contrôles poussés, en accord étroit avec la Mairie pour minimiser les risques. Outre les 1900 personnes mobilisées de la police, de la gendarmerie, des CRS et de la croix rouge, sans parler des réservistes et des 60 militaires avec OPJ aux abords des gares (train et bus), les points d’accès véhicules passent de 7 à 4, avenue de Verdun, rue du Bastion Royal, avenue Resplandy et au Pont Saint esprit. Des fouilles au corps avec présentation de papiers d’identité sont de mise, avec une forte sécurisation de ces entrées, sans présumer des interventions dans l’enceinte même des fêtes si nécessaire. Par ailleurs, des blocs de béton rendront impossible en ces lieux toute entrée forcée. De même l’accès à la ville est contrôlé de 7h00 à 11h00 pour éviter toute intrusion non nécessaire, sur présentation de justificatifs (police municipale),  et  strictement interdit, résidents ou pas, de 11h00 au lendemain 7h00 sous peine de fourrière (police nationale) . Qu’on se le dise! Les plus de 200 agents de la société privée de sécurité Privilège formeront un cordon de pré-sélection de 7h00 à 11h00 tous les jours de manière à bien orienter les usagers vers d’autres itinéraires, les festayres étant invités à utiliser les transports en commun dont on espère qu’ils bénéficieront de mêmes mesures sécuritaires ou à anticiper leurs déplacements. De nombreuses caméras multidirectionnelles permettront au PC installé à la MDA de Glains de surveiller chaque minute des fêtes.

Côté mairie, un véritable crève coeur! Réduire ou contenir les moments qui suscitent des concentrations de foule avec les débordements qui s’ensuivent a toujours été une préoccupation de la ville et pas seulement cette année un peu particulière. Compromis obligent, bien des manifestations disparaissent du paysage festif habituel avec le souci de préserver les temps forts, rituels et emblématiques tels que le réveil du Roi Léon tous les jours, les bals publics, les courses désopilantes de vaches,  le Corso et les corridas. Mais les restrictions et annulations seront hélas de mise, à commencer par les pétards, formellement interdits car pouvant provoquer, paranoia ambiante oblige, des mouvements de foules paniquées. De la même manière point de lancement de clefs et de mascleta pour une cérémonie d’ouverture avancée à 19h00. Idem pour la clôture qui se résumera à un feu d’artifice exceptionnel, lancé, comme le 14 juillet, à partir d’une barge sur l’Adour. Deux manières de marquer une forte solidarité avec la ville de Nice, plongée brutalement dans la barbarie en pleine période de liesse populaire. Autre suppression notable, la journée des enfants du jeudi, trop éparpillée en divers points de la ville et de ce fait difficilement maîtrisable.

Un programme revu et corrigé

Quid des animations? Du chant, des danses, des musiques, des bals, des “basqu’attitudes”, du sport et de la gastronomie du côté de la Galice et une composition thématique des Fêtes! De quoi garder intact l’esprit riche et convivial des Fêtes de Bayonne, pour des animations créatives et intergénérationnelles grâce aux quelque 90 associations, aux commerçants  et services municipaux engagés dans cette furieuse volonté de vivre, de se détendre et de rire en toute liberté – surveillée néanmoins! Car n’en doutons pas, les festayres seront bien présents au rendez-vous juste pour offrir une cinglante réponse à l’obscurantisme, enfants inclus, même si leur journée se sacrifie! Gageons qu’ils revendiqueront haut et fort leur déjeuner sur l’herbe, que les volutes musicales s’envoleront dans les ruelles bayonnaises, que les géants et la cour du Roi de Duverdier arpenteront les rues, que les bandas sillonneront la ville, que les restaurateurs se surpasseront en gourmandises, que les sportifs déploieront tous leurs efforts, que les chars se pavaneront et que les gerbes du feu d’artifice enflammeront le ciel d’une ville en liesse, sous les regards de Pampelune, ville jumelle conviée aux festivités, plus que jamais, avec toujours la même démarche éco-citoyenne des verres réutilisables grâce à Ecocup!

Des journées thématiques riches en événements nouveaux, en dépit des restrictions imposées, dont vous trouverez le détail dans les prospectus de la ville, disponibles à l’Office de Tourisme et sur le Point Accueil, ou sur le site des fêtes, www.fetes.bayonne.fr.Mercredi, jour d’ouverture le sport tient la vedette avec “Nive en fête” et surtout la Foulée des Festayres, maintenue entre Biarritz et le Pont St Esprit, accueillie, comme il se doit, par le traditionnel concours d’omelettes au piment sur le Carreau des Halles! Episode savoureux s’il en est que viendront ponctuer les pirogues et les joutes sétoises à la confluence de la Nive et de l’Adour, sans oublier l’incontournable tournoi de pelote.

Jeudi, point de journée des enfants qui, n’en doutons pas, seront bel et bien présents même si la course derrière les taureaux factices disparaît de leurs imaginaires. Ils pourront néanmoins s’amuser à découvrir le livret jeu de Baskitou, largement diffusé sur place pour juste apprendre les codes indispensables de l’événement et s’initier avec intelligence à l’esprit des Fêtes! (www.baskitou.fr) En revanche, concours gastronomiques et transfrontaliers à l’honneur ce jour-là avec, en prime, ce fameux championnat de lancer d’espadrilles hilarant Porte d’Espagne.

Vendredi place aux associations avec l’étonnant et ludique “Triath’drôle”, tout en jeux décalés et humoristiques, épreuves “physico-comico-techniques” et imagination débridée. A voir de toute évidence! Un déchainement de rires que complètera le karaoké place de la Liberté et le Radio Crochet. Les anciens se seront pas oubliés avec leur traditionnel repas au Collège Saint Bernard.

Samedi, journée des traditions avec la tamborrada, la guinguette du Roi Léon, les sauts en parachute du 1er RPIMA et bien sûr le Corso sur le thème des films cultes., sans compter le traditionnel tournoi de golf au Makila! Enfin Dimanche, Pampelune occupe l’espace en compagnie du finaliste du tremplin Live place Paul Bert et du feu d’artifice de clôture.

Notons la campagne de prévention renouvelée avec les photographies de Dominique Delpoux et nos vaillant patrouilleurs un peu déjantés!

S’émerveiller et s’indigner est la seule manière de rester jeune et rebelle disait Yves Montand. Alors pour ne pas vous laisser “écraser par l’infâme”, selon les mots de Voltaire, vivez, dansez, chantez, buvez (avec modération!), refaites la monde avec vos amis en mots et notes, en rires et partages au terrasses de nos bars, de nos restaurants, dans la douceur des soirées bayonnaises, en rouge et blanc ou toutes les couleurs de l’arc en ciel si cela vous plait mais cette résistance là est la précieuse et radicale réponse à la barbarie et à la violence dont les vents de vie et de liberté  auront toujours raison. Restons debout et agitons nos foulards festifs!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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