Opérateurs, prescripteurs, associations

Published on janvier 17th, 2015 | by MagMozaik

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Bataille en 10 rounds à crayons mouchetés!

Splendide anniversaire que celui de la Médiathèque de Biarritz qui fêtait aujourd’hui ses 10 ans en un feu d’artifice d’événements et d’animations, imaginés, avec une grande créativité, par sa directrice Maialen Sanchez et son responsable des animations transversales, Yohan Gabay, en liaison avec d’innombrables partenaires , dont le plateau image du quartier Jules Ferry. Une cérémonie placée sous le signe de la mémoire, de la continuité et de la fidélité aux initiateurs de ce navire amiral de la culture.

Trois capitaines à la barre!

– Didier Borotra, tout d’abord, entouré de Juliette Séguéla et de Jakes Abeberry, qui rappelait le haut niveau de talent et de compétence des partenaires sollicités (notamment les architectes, dont Lombard, le BTS audiovisuel, le Conservatoire ou l’Ecole Supérieure d’Art) mais aussi la difficulté de mettre en phase des institutions aussi diverses, liées soit au Conseil régional, soit au Ministère de la Culture ou encore au Ministère de l’Education Nationale… C’est assez dire les trésors de diplomatie et les montages administratifs ou financiers qu’un tel dispositif culturel, concentré en un espace urbain restreint, a pu exiger pour voir enfin le jour! Un maître d’oeuvre profondément ému par la réussite de son pari, insensé à l’époque, et de la présence de l’académicienne Florence Delay qui fut la marraine de l’institution lors de son inauguration. Un challenge qui a constitué le socle d’une ruche aujourd’hui bouillante et active, tournée résolument vers l’avenir en termes de partenariats, de technologies et d’implications fortes au niveau des animations associées ou propres à la Médiathèque.

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Didier Borotra et Michel Veunac

– Et puis Michel Veunac, fier de reprendre le flambeau allumé de main de maître par son prédécesseur, très ému de porter haut ce symbole biarrot d’une culture multiforme, passée, présente et en devenir. Son coup de coeur en ces 10 ans de parcours? Un choix difficile comme il le rappelle justement car tant de souvenirs et de moments forts s’entrechoquent dans sa mémoire culturelle, mais un livre emblématique et ô combien actuel se détache: “Kafka sur le Rivage” du japonais Haruki Murakami, paru en 2002. Le thème, pour le moins fort? Un garçon de quinze ans, Kafka Tamura, s’enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à une terrible prophétie prononcée par son père. Au hasard de son errance, il aboutit dans l’île de Shikoku, dans le sud du Japon. Il trouve refuge dans une bibliothèque où il se fait un ami qui l’abrite et le protège. Nakata, un vieil homme amnésique, mais qui sait parler aux chats et comprendre leur langage, décide lui aussi de prendre la route. Leurs parcours vont se rejoindre dans l’île au terme d’événements décisifs pour leur destin. Le titre fait référence à une chanson mélancolique, Kafka sur le rivage, qu’une jeune femme composa juste avant de perdre l’amour de sa vie. Un choix judicieux qui en dit long sur la belle sensibilité culturelle pudique de notre édile.

– Enfin Florence Delay, belle personne au parcours si intense et atypique, du cinéma français, jugé ardu de Bresson, à la littérature où elle excelle. Une marraine dont le feu culturel sacré ne faiblit pas une seule seconde et qui, en coup de coeur, nous replace au plus profond de notre histoire, du temps où les basques avaient raison de Roland à Roncevaux! La “Chanson de Roland“, traduite aujourd’hui par Frédéric Boyer dans son ouvrage Rappeler Roland ( Paris, P.O.L, 2013), est un poème épique, en 4000 vers de décasyllabes, et une chanson de geste du XIIème siècle attribuée parfois sans certitude à Turold (la dernière ligne du manuscrit dit : Ci falt la geste que Turoldus declinet). Neuf manuscrits du texte nous sont parvenus, dont un manuscrit d’Oxford du début XIIème ( le plus ancien et le plus complet) est en anglo-normand. Ce dernier, redécouvert par l’abbé de La Rue en 1834, est considéré par les historiens comme étant l’original. C’est donc lui que l’on désigne quand on parle sans autre précision de la Chanson de Roland, qui, dans sa version la plus ancienne, en compte 9 000, pour un manuscrit de la fin du XIIIème siècle en ancien français, répartis en laisses assonancées, transmises et diffusées en chant par les troubadours et jongleurs. La plupart des historiens s’accordent maintenant pour dire qu’à Roncevaux,  les chevaliers carolingiens ont, en fait, affronté la milice vasconne (basque) et non l’armée sarrasine, en représailles au sac de Pampelune! Nous connaissions cet épisode depuis longtemps mais il était grand temps de rappeler combien les basques se sont, dès cette époque, battus pour leur liberté et leur indépendance économique liée aux échanges avec les sarrasins!

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Florence Delay

Une battle BD en dix rounds!

Nous ne reviendrons pas sur le foisonnement d’animations proposées aujourd’hui (voir www.magmozaik.com/et-vogue-le-paquebot-de-la-culture/ et www.mediatheque-biarritz.fr ), toutes aussi incroyables et nostalgiques les unes que les autres. Mais notre coup de coeur (puisque c’est le leitmotiv du jour) revient, sans conteste à la Battle BD, où en 10 rounds, sur fond de 10 musiques phares des 10 dernières années, Thierry Gioux et Fred Campoy croisent leur talent au fil de leur épée de feutre coloré. Un bel échange qui nous inspire un focus sur le créateur de la saga “Hauteville” et sa coloriste attitrée Nuria Sayago.

– De la BD comme oeuvre d’art! Interview croisée.

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Nuria Sayago et Thierry Gioux

– Pour ceux qui n’auraient pas tout suivi ces 20 dernières années, on vous renvoie à un ouvrage de Francis Lacassin qui annonçait bien des changements à venir, paru en 1982:” Pour un 9ème Art, la Bande Dessinée”. Un temps où la BD s’exprimait en toute liberté dans les “Fluide Glacial”, “Pilote”, “Hara Kiri “et autres “A suivre” (Manara et Pratt pour ne citer qu’eux),  sans se commettre en vente de planches originales dans les galeries ou sur E-Bay, par choix personnels ou de leurs héritiers!!! Respect, au passage, à Cabu et autres Plantu, Reiser, Gébé, Giraud/Moebius, Liberatore, Folon, Goetlib, Margerin, Manara, Pratt, Mézières  ou Wolinski pour avoir illuminé ces années de liberté! Bien des artistes aujourd’hui leur doivent beaucoup!

Thierry Gioux adore, en vrac et dans le désordre, Jules verne pour ses improbables inventions prémonitoires ou les récits d’aventure bien ficelés et palpitants, H.G. Wells, Lovecraft, James Bond pour les gadgets, les westerns mythiques et les grandes séries US, avec une prédilection, justement, pour les Mystères de l’Ouest, qui juxtaposent un grand Ouest américain modernisé par le chemin de fer ou les moyens de communication modernes et les ingénieux systèmes pour se tirer d’affaire à la James Bond! Pas étonnant qu’il nourrisse ses albums d’autant d’inspirations épiques , notamment avec “Moi Napoléon” (Lombard 1993), “Le Vent des Dieux” (1991-2011 et surtout ” Hauteville House” depuis 2014, dont le 12ème volet, très méxicain, sort en mars prochain, tandis que se prépare le 13ème opus (chez Delcourt)! Voilà un dessinateur qui justifie amplement que l’on qualifie la bande dessinée d’oeuvre d’art! Chaque vignette, chaque planche, sont à elles seules des tableaux aux traits fins, dynamiques et superbement colorisés. Ses albums sont conçus comme des films avec un scénariste, Fred Duval qui, à chaque album, prévoit les dialogues que devra proposer chaque vignette avant que n’intervienne la coloriste qui n’est autre, depuis le 11ème album, que Nuria Sayago, experte en la matière, qu’il s’agisse de mode ou de dessins! Ses maîtres? Franquin, Giraud ou Hugo Pratt, le grand seigneur de l’aventure avec Corto maltese! Et de fait, il se montre largement à la hauteur de ces prestigieux prédécesseurs!

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– Mais il ne suffit pas d’imaginer une série d’albums à partir d’un concept fort, comme l’imaginèrent en 2004 Gioux et Duval! Il faut savoir la somme de travail, en dehors de chaque scénario élaboré, qu’exige la réalisation d’un tome! En amont, il s’agit de longues recherches documentaires pour reproduire les décors ou les costumes exacts de l’époque et des pays où se situe l’histoire, notamment en termes de couleurs! Il faut aussi retrouver les improbables inventions conçues en théorie au XIXème siècle par des écrivains ou inventeurs visionnaires avec les dessins de l’époque (qui, si certaines desdites inventions sont effectivement nées aujourd’hui, se présentent selon des croquis et projections différents) Vient ensuite le temps du dessin dialogué et colorisé. Un travail minutieux qui demande, pour chaque page, de 3 à 6 jours d’efforts, à raison de 12 heures par jour! Qui a osé dire que les dessinateurs de BD étaient d’aimables dilettantes?



– Une “battle” de virtuoses!

Fred Campoy et Thierry Gioux s’affrontaient de 18 à 19h00 en une joute où les crayons tenaient lieu de lances, soumise au jugement d’un public très nombreux et enthousiaste! Si le premier l’a emporté, le talent des deux a fait l’unanimité, avec un énorme fou rire sur la manière qu’avait Thierry Gioux de décliner le thème du porc sur toutes les musiques de films proposés en thèmes de rounds! Star Wars, Délivrance, Batman, Conan le Barbare, Indiana Jones, Matrix, Amélie Poulain, Les Chariots de feu ou Chantons sous la pluie… Autant de légendes cinématographiques revisitées avec humour! Du tac au tac jubilatoire où l’esprit de Charlie n’était jamais bien loin!

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Thierry Gioux

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