Coups de coeur

Published on octobre 29th, 2016 | by MagMozaik

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Bas les masques!

Il fut un temps où Jules Ferry, fervent défenseur de l’école laïque et républicaine, se faisait le chantre injurieux  de la colonisation comme une nécessité économique et de civilisation, posant en postulat l’existence de races supérieures et de races inférieures. Un rupture complète avec un Voltaire ou un Victor Hugo, toujours prompts à se dresser contre les inégalités et les intolérances pour mieux hurler l’égalité entre toutes les races humaines et la liberté de penser. Aimé Césaire et Frantz Fanon relevaient, bien après, l’étendard. Aujourd’hui Fabien Lupinelli  met un point final à ses trois évocations théâtralisées d’hommes droits et fiers dans leurs bottes au service de l’humanité.

Un voyageur des libertés

Fabien Lupinelli ? Un véritable lutin curieux de tout et de tous, électron libre voyageur sans cesse en lutte contre tout ce qui musèle la liberté d’être et de se dire, partout dans le monde. En 1965, à 19 ans, il enfourche sa mobylette pour sillonner, pendant 12 ans, l’Afrique et le Moyen Orient, au fil de ses envies gourmandes de rencontres, de découvertes créatives et humaines, surfant toujours sur le fil des intolérances et barbaries à dénoncer coûte que coûte. De ce fabuleux bagage intellectuel, il puisera désormais ses inspirations et en nourrira ses créations théâtrales, fortes d’un substrat de souvenirs quasi charnels, émotionnels. Lié depuis très longtemps au Théâtre du Versant, il accepte, voici quelques années, de rendre un hommage fin et sensible à Victor Hugo dont on ignore souvent les engagements contre l’esclavage, la peine de mort et en faveur de maintes libertés de se battre en faveur des enfants, des identités de peuples ou des femmes.

L’exil… Un paradoxe où l’éloignement  de ses propres racines exacerbe la créativité. Bien des artistes ou écrivains, bannis de dictatures ou régimes fascistes, au XIXème siècle ou plus récemment en Europe et Amérique Latine, ont vécu cette expérience, certes douloureuse, mais étonnamment fructueuse car loin des carcans nationaux, tous se transforment en citoyens et citoyennes du monde, prompts à mettre leur notoriété ou leur génie au service de causes humaines et humanistes décisives, impérieuses. 20 ans confiné à Guernesey, Victor Hugo connut les affres de l’isolement géographique qui le conduisirent étrangement à défendre bien des victimes de cruautés et d’intolérances au quotidien. Par son seul nom et son aura exceptionnelle, son audace ébouriffante à toutes épreuves, il obtint la grâce d’irlandais ou d’égyptiens et surtout, fonda la première ligue de défense des droits de la femme et des enfants. “Il est douloureux de le dire mais dans la civilisation actuelle il y a une esclave. L’homme a fait voter tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme. C’est là un Etat violent”. “La liberté des peuples” deviendra ainsi le premier volet d’un triptyque où s’imposeront les thèmes transversaux de la colonisation, de la liberté d’expression ou d’être et de l’intolérance. Un partition composée et incarnée par un conférencier doux dingue parcourant le monde pour semer les mots de Victor Hugo aux quatre vents des terres d’intolérance et de perversions diverses.

Dans “Le jardin des Lumières”, l’acteur incarnait Voltaire, grand pourfendeur de toutes les intolérances et pensées crucifiées de son époque, à l’aube de bien des Révolutions. Personnage complexe s’il en est qui s’opposa à Diderot, s’amusa de ses joutes oratoires et scripturales avec Rousseau et surtout, défendit le protestant Callas, sacrifié aux diktats de la religion catholique. “Les seuls combats qui vaillent la peine, ce sont ceux que l’on mène contre l’intolérance et le fanatisme”.

Masques noirs, masques blancs

Pour ce dernier chapitre, Fabien Lupinelli s’attaque de front au colonialisme contemporain sur les frontières de la “négritude”. Une composition magistrale émaillée de textes très diversifiés allant de Jules Ferry à Aimé Césaire et Frantz Fanon. Sur scène, un homme seul, enfermé dans un hôpital psychiatrique où sa tête et son corps tentent d’exorciser des pans d’histoire douloureux, de ceux que produisent souvent un monde schizophrène, malade de ses déviances, de ses racismes, de ses barbaries justifiés à coup de nécessités économiques ou de civilisations dominantes à instiller dans l’univers de petits nègres inférieurs.

Une partition complexe où l’on assume ou rejette la “négritude” mais où la décolonisation prend toute sa place unanime. Césaire ? C’est le Discours sur la décolonisation et le maître de Frantz Fanon, psychiatre en Algérie, dont il se départira plus tard en s’impliquant dans les combats du FLN. Il s’éteindra à 38/39 ans d’une leucémie non sans avoir pris le contre pied de son mentor: “En aucune façon je ne dois m’attacher à faire revivre, à faire renaître, une civilisation nègre injustement reconnue. Je ne me fais l’homme d’aucun passé. Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères”.

Cet aliéné de son propre corps et de son esprit parviendra-t-il à se libérer enfin des affres de l’histoire? Réponse le 4 novembre à 20h30 au Colisée , avant que le spectacle n’aille rejoindre au Mali le festival d’Adama Traoré pour 3 représentations début décembre. Un volet qui connaitra sans nul doute le même succès en tournées internationales et nationales que les deux précédents.

Toutes informations sur www.theatre-du-versant.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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