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Published on mars 17th, 2015 | by MagMozaik

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Au Pays de Kafka!

Tous les conservatoires (une centaine) de France et de Navarre, viennent de se voir signifier l’arrêt brutal de leurs subventions par l’Etat, alors que les budgets de fonctionnement desdits établissements sont déjà établis! Une lettre confuse, mal écrite, incohérente et aux justifications totalement absurdes, voire indécentes, leur est parvenue en ce début de mois. Pour le Conservatoire à rayonnement régional Maurice Ravel (l’un des deux seuls en Aquitaine avec celui de Bordeaux), cela induit une coupe sombre de quelque 145 000 euros que les collectivités locales, déjà fort engagées dans son financement, devront trouver coûte que coûte, sans pour autant gréver les budgets de parents d’élèves.

A fleur d’émotion et d’indignation, Jean-René Etchegaray, Président de l’ACBA, tenait aujourd’hui une conférence de presse pour alerter l’opinion sur un désengagement inadmissible de l’Etat en matière de formation culturelle et de transmission des savoirs, venant d’une obédience politique qui, en d’autres temps, fut à la pointe d’initiatives culturelles de haut niveau.

Une situation jugée exceptionnelle et grave. Autour de la table, Jean René Etchegaray, Maire de Bayonne et Président de l’Agglomération, Christelle Cazalis, adjointe à la Culture d’Hendaye, Jacques Veunac, Président du Syndicat Mixte en charge de la gestion du Conservatoire, Sophie Castel, adjointe au patrimoine de Bayonne et Michael Gavazzi, directeur du Conservatoire. Une émotion et une colère palpables pour des représentants de collectivités locales qui font, chaque année, d’incroyables efforts financiers pour que notre jeunesse bénéficie des meilleurs enseignements artistiques et culturels à l’échelle de la région, voire au delà!

L’aide aux formations culturelles? Certes l’apport de l’Etat ne représente “que” 3% du budget global, quand, au niveau national, la moyenne avoisine les 6%! Mais cette contribution symbolique en dit beaucoup sur les engagements culturels d’un gouvernement qui se veut prompt, en théorie, à défendre la culture et la formation de sa jeunesse. Cette année, 4,8 millions d’euros reviennent au Conservatoire pour accompagner, en musique, danse et théâtre, 1780 enfants qui viennent, certes de l’agglomération,  mais aussi d’ailleurs, jusqu’à Hendaye et Saint Jean de Luz, voire encore plus loin. 400 000 euros sont en outre alloués à l’ORBCB . Sur cette somme globale, l’agglomération donne 3,3 millions d’euros, la ville d’Hendaye 400 000 euros et la ville de Saint Jean de Luz également 400 000 euros. Une lourde mobilisation de capitaux qui concerne un bassin de vie où 70% des habitants sont éligibles à des logements sociaux! Faut-il priver leurs enfants d’un accès aux formations culturelles pour autant? Certes, les bourses sont maintenues pour les jeunes en difficulté qui ne sont que 7 ou 8 sur 1780! Quelle bonne blague!

Une ineptie qui justifie largement l’indignation des collectivités locales, soucieuses de préserver le rayonnement de leurs instances artistiques et culturelles. Alors bien sûr, on peut critiquer quelques désengagements des villes sur des festivals fort onéreux au demeurant pour des durées bien courtes! Mais si l’on juxtapose toutes les coupes sombres de l’Etat, on comprend davantage que les villes doivent faire des choix en matière de financement. Oui les Translatines ne bénéficieront plus des 90 000 euros de la ville de Bayonne mais Les Chimères resteront soutenues à bout de bras, même si le théâtre est sur Biarritz et dans un local privé, donc forcément cher! Et quand tous les partenaires de cette manifestation se désengagent, qu’il ne reste plus que Bayonne, que peut faire la ville? Et ce ne sont pas des cris d’orfraie qui résoudront les problèmes en portant le débat sur un terrain politique miné qui les dépasse eux mêmes. Sachons raison garder et décence garder, eu égard à toutes les troupes de théâtres et autres groupes culturels qui connaissent de plus grosses difficultés Monsieur Broucaret, même si nous reconnaissons aisément l’excellence de votre travail que d’autres font aussi en optant pour d’autres solutions sans doute!

Car ce désengagement global n’atteint pas plus une troupe ou une compagnie qu’une autre en France, pas plus un organisme culturel ou un festival qu’un autre en France. Il ne s’agit pas de défendre l’un plutôt que l’autre, d’incriminer les choix de telle ou telle collectivité locale mais bien de s’interroger sur les politiques culturelles menées en ce pays en dépit des mirifiques programmes électoraux qui ont amené au pouvoir bon nombre de décideurs politiques en la matière. L’hécatombe de festivals et manifestations culturelles en notre pays ne laisse de nous inquiéter  et quelle que soit la couleur politique de tel ou tel élu, à quelque niveau de décision ou de compétence qu’il ou elle se trouve, tous luttent pour que vivent en nos régions la culture et ses modes de transmission.

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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