Coups de coeur

Published on octobre 28th, 2016 | by MagMozaik

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Artium, regards croisés

A deux encablures de son illustre et mondialement célèbre Guggenheim de Bilbao, le Musée Artium de Vitoria-Gasteiz n’en affirme pas moins son identité basque tout en flamboyante architecture contemporaine et une collection permanente unique de plus de 3000 pièces .

Seul édifice, ouvert en avril 2002,  ciselé à la mesure des artistes d’art contemporain basques, l’Artium, petite pépite architecturale nichée au coeur de la capitale administrative du territoire, est en lui-même une véritable oeuvre d’art gorgée de collections permanentes, reinstallées régulièrement pour en sculpter les multiples visages, accueillant des expositions temporaires annuelles sur des thématiques transversales et une multitude d’activités ou espaces, tissés en un Centre Culturel dynamique autour du livre, de l’art, du cinéma, de la video et de la musique. Curieux électron libre, unique au Pays Basque, nous vous invitons, en regards croisés, à en explorer les fines entrailles et comprendre la démarche créative en faveur de tous les publics, toutes générations confondues. Une vision en duo avec Jean-François Larralde, grand expert et acteur des arts et de la culture basques, qui en a vécu la génèse et l’histoire de 1970 à nos jours.

Génèse d’un symbole identitaire

Vitoria-Gasteiz? Une ville méconnue – une capitale administrative et politique ne se visite guère! – à tort, dont le patrimoine architectural exprime une riche histoire. Estampillée ville verte européenne, sa ceinture de 6 parcs, dont certains botaniques, et sa vie culturelle bouillonnante  en font une cité des plus agréables à découvrir, au delà de la simple gastronomie. Au coeur de ses ruelles, aux pépites architecturales médiévales, gothiques ou Renaissance, un petit joyau exceptionnel qu’éclipse volontiers son imposant voisin de Bilbao, le musée Artium, riche d’une collection permanente artistique de plus de 3000 oeuvres, consacré à l’art contemporain basque, mais aussi ouvert sur la création espagnole, voire internationale.

Né d’une véritable synergie entre la Diputacion Forale d’ Alava, propriétaire des fonds et des bâtiments, du Gouvernement Basque, du Ministère de la Culture espagnol et de la municipalité, constitués en une Fondation qui intègre en souplesse les collections privées et de nombreux mécènes actifs, la structure s’enracine sur un parking souterrain et ancienne gare routière de la ville, revisités en mode paquebot aux hublots bleus et rouges, oeuvre incrustée par l’architecte José Luiz Caton, en un étonnant bâtiment qui sonde les sous-sols.

Au coeur de cet édifice tout en transversalités et pluridisciplinarités, l’énergie visionnaire d’un homme qui, dès les années 70, a su bâtir, aux Beaux Arts de Bilbao, une impressionnante collection en images et pièces artistiques majeures à dominantes basques: Perico De San Cristobal, esthète raffiné et visionnaire. Au bout de trente ans de choix éclairés, la place lui manquait cruellement. Dès son entrée à la Diputacion Forale de Alava, pour une nouvelle carrière politique, il réussit le coup de maître d’implanter à Vitoria-Gasteiz une institution culturelle de référence à large vocation pédagogique et artistique, gérée et financée par une Fondation aux partenaires pluriels, qui souffre néanmoins de lacunes de communication pour une bonne visibilité, contrairement au Guggenheim. Depuis son inauguration en avril 2002, son fond propose un large éventail d’artistes basques de 1920 à nos jours que le musée continue à enrichir, accueillant souvent, en mode dépôt, des collections privées qu’il ne peut, pour l’heure, s’offrir en pleine propriété, mais qui bénéficient ainsi de conditions de préservation exceptionnelles.

Un musée et un centre culturel novateurs

Cette souplesse, unique en notre territoire, et définie dès l’origine, en un fonctionnement efficace, il en a fait un atout en prêtant ses oeuvres, acquises ou en dépôt, à de multiples expositions, en produisant d’autres, sur place, en collaboration avec de prestigieux musées européens. Une riche collection permanente qui tourne aussi au sein du musée en de toniques événements réguliers conçus autour de thématiques fortes annuelles. De Picasso et Miró à Saura ou Sistiaga, Chillida et Oteiza, ainsi que des artistes qui dominent actuellement le paysage artistique et culturel, comme Javier Pérez ou Txomin Badiola, tout un panorama de 100 ans de créations contemporaines s’inscrit en ses murs sobres, lumineux et élégants. D’année en année, il acquiert de nouvelles oeuvres tout en développant des stratégies intelligentes d’accès à la culture dans tous les domaines, notamment cinématographiques.

Le langage de l’art moderne, qu’il soit plastique, cinématographique ou musical, est un vocabulaire qui s’acquiert dès l’enfance. Sur ce constat se sont élaborées des démarches pédagogiques en ateliers diversifiés, étayés et relayés par une bibliothèque imposante conçue comme une mémoire vivante du musée, si vivace qu’il n’en a que le nom ! 20 000 volumes dont des monographies, catalogues d’expositions, revues, vidéos, affiches et brochures composent un fond de mémoire impressionnant. En outre, la bibliothèque et le centre de documentation programment régulièrement des activités complémentaires qui contribuent à la diffusion des fonds bibliographiques en rapport avec le cinéma, le vidéo ou la musique.

Après avoir accueilli récemment les prix Gure Artea du Gouvernement Basque, (dont un remis à Sistiaga pour l’ensemble de son oeuvre et son action pédagogique menée en ces murs dans les années 60), l’espace propose une belle vision des oeuvres monumentales du sculpteur Inigo Arregi, très remarqué, avec José Antonio Sistiaga, lors de l’exposition estivale d’Arnaga labellisée Donostia 2016. Un événement qui renforce la cohérence forte des collections basques du musée, en constante évolution. Des fonds que Jean-François Larralde, grand organisateur et commissaire d’expositions majeures à Saint Jean de Luz et ailleurs, mobilise régulièrement ( comme en 2007 et 2010), histoire d’insuffler en Iparralde des comportements dynamiques que nos structures quelques peu assoupies ou timorées ici n’osent adopter. L’exemple de l’Atrium, bien intégré dans sa ville, sa population et ses structures éducatives, voire universitaires, laisse à tout le moins songeur. Il devrait, on le souhaite, inspirer les nouveaux schémas artistiques et culturels de l’EPCI qui auront, sans nul doute en ces domaines de l’art et de la culture, à fustiger certains esprits de clocher. 

Un grand merci à Jean-François Larralde pour sa contribution et son regard autre porté sur ce musée unique.

Artium, 24 Calle Francia,  Vitoria-Gasteiz, Téléphone: +34 945 209 000. Ouverture du mardi au dimanche de 11h00 à 20h00 . Entrée à 0,01 euro symbolique mais on peut donner plus.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC, Video Philippe SIRET

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