Expos

Published on octobre 24th, 2017 | by MagMozaik

0

Apprivoiser l’art…

« J’enseigne l’art d’affiner nos perceptions, notre regard, nos mouvements ». Artiste tout en vibrations élégantes de lumières diaphanes et de couleurs contrastées, positives, qui a su mettre au service de ses envies de raconter des petites histoires dans les grandes une multitude de compétences étonnantes qui transcendent la peinture dont une formation aux performances théâtrales autour de l’art, acquise à Londres. Elle propose aujourd’hui du 25 octobre au 5 novembre, Villa Duconténia, quelques histoires nées de sa rencontre avec cette digue, Artha, construite pour apaiser la baie de Saint Jean de Luz.

Virtuose des teintes sensibles aux transparences de nuances, mais aussi amoureuse des mots qui tricotent en filigrane les histoires de ses tableaux. Une jeune femme curieuse qui sait explorer toutes les manières de percevoir, vivre et faire vivre l’art au quotidien. Qui s’ingénie à édifier de fragiles et subtiles passerelles entre les diverses manières d’exprimer son univers par la peinture mais aussi la poésie, scénographiée en paroles et sons, la méditation ou la gestuelle théâtrale. Un univers où rien n’est en apparence violence mais plutôt questionnements incisifs portés en touches picturales sereines paradoxalement. Un travail contemplatif, tout en tumultes intérieurs, que seule l’huile autorise par ses rythmes lents de séchage et donc ses possibilités offertes de peaufiner, affiner une oeuvre en définitive très cérébrale dans ses évocations complexes et néanmoins épurées de ces subtiles frontières entre sable, océan, ciel et cet infiniment petit et si grand qu’est l’être humain, confronté à tant d’immensités où s’engouffrent vents et marées impétueux.

« Cette exposition est l’occasion pour moi de présenter une sélection de mes peintures, linogravures et dessins inspirés de la digue de l’Artha dont les lignes dessinées par l’homme me fascinent. Je présente aussi plusieurs tableaux qui racontent d’autres histoires, telles que la peinture “On plonge ou pas?” qui a reçu les prix des jeunes au Salon Ducontenia 2017 et qui parle de ce qui se passe dans son corps quand on est sur le pont du port des pêcheurs de Biarritz et que l’on hésite à sauter… » Alors, intriguée, j’ai pris le temps, ce temps qui nous fait oublier de prendre le temps d’écouter 17 videos-Poèmes de l’artiste intitulés « Mon corps est ma maison ». Ce temps que récemment Jean Musy a récemment serti en écrin de mots et de notes pour nous conter, en un film sans image, l’extraordinaire destin de Louis Braille. Des mots dits, envolés, ciselés, sculptés, emportés par le vent de l’Artha, par les vagues brisées sur cette digue et qui illuminent, par bribes tintinnabulantes,  le sens des oeuvres de Juliette June. Une voix fine, claire, cristalline presque, et sensuelle, enfantine presque, qui vous donnent toutes les clefs de ces histoires télescopées, entre petites et grandes, au coeur d’un même tableau qui vous entraine bien plus loin qu’une simple représentation de personnages ou de paysages luziens ou biarrots, toujours océaniques, bercés par le rythme doux des marées domptées, son étalon de vie à elle, caressant  et sauvage à la fois. « Le mot artiste rythme mes veines » susurre-t-elle,  et ces mots à elles, jaillis de simples souffles, suffisent à le dire haut et fort en ces « petites paillettes qui font frémir ». On pourrait ainsi revisiter Brel: Ecoutez la frémir, écoutez la vibrer, écoutez la se dire en mots et couleurs, écoutez la dans toutes ses pudeurs délicates et intimes, magnifiées en toiles ou esquissées en mouvements aériens sur le sable de ses plages, avec les pieds pour uniques pinceaux ou plumes encrées de ses rêves, d’où surgissent des dessins-mots, de celle qui voulut être danseuse et qui n’a d’autre quête que de trouver une belle harmonie entre son âme et son corps!! Voilà qui nous rappelle singulièrement un certain Jon Maya qui imprima aussi, pour l’exposition Soka Datza, le tracé de ses sauts et arabesques sur d’immenses toiles vivantes de papier blanc, trempant ses pieds dans les encres colorées de sa culture.

Cette luzienne d’envergure, dont le regard se perd sur les horizons du monde, mais au creux des bras rassurants de la digue au loin, se ressource ici et nourrit son art de cette musique océane qui compose ses palettes tout en transparence et fluidités mouvantes, avec ce brin de mystère caché derrière ses personnages dont on ne sait ce qu’ils font là ou décident de faire au hasard de brumes légères que sa peinture restitue en fins voiles légers.

Une belle découverte de l’association Ilargi Taldea présidée par Jean François Larralde dont l’ambition, tout en médiations multiples, est de transmettre des sensibilités artistiques plurielles et pluridisciplinaires aux jeunes générations. Une structure de belle intensité et d’excellence où justement Juliette enseignera mais dans le cadre de laquelle, d’ores et déjà, le 4 novembre, de 15h30 à 17h00, elle proposera une séance pédagogique de dessin. Ilargi Taldea est née d’une volonté d’inscrire l’art au coeur de la vie des hommes comme élément nécessaire, fondamental et structurant dans leur citoyenneté. Une ambition qui a toujours guidé son fondateur, éminent expert en arts et commissaire d’exposition à l’affut de tous les talents d’ici et d’ailleurs, en transfrontalités multiples, depuis déjà bien longtemps. On lui doit la lumière portée sur les plus grands artistes basques, des années 60 à nos jours, de Sistiaga à Chillida ou Etcheverria. On lui doit la redécouverte d’immenses artistes méconnus ou oubliés, telle Jeannette Leroy. On lui doit une capacité incroyable de faire de l’art le fleuron de toute vie sociale sublimée par la beauté. On lui doit une fabuleuse énergie, avec Eskandrai, de valoriser tout ce que notre culture identitaire basque recèle de dynamisme créatif. On lui doit cette volonté de transmettre tant de savoir faire et de faire savoir auprès de bien des générations, des enfants au séniors, avides de fleurir leurs imaginaires, à travers les différents ateliers de son association mais aussi ses conférences à l’Université du Temps Libre de Biarritz. S’il sut porter le musée de Guéthary au rang des meilleures institutions nationales, il continue à intervenir dans le devenir de bien des lieux de haute volée tels le Didam ou le Musée Bonnat-Helleu. Administrateur de bien des institutions artistiques ou culturelles, il sait apporter sa touche fine et juste pour mettre les meilleurs artistes à la portée de tous, souvent en transversalités. Car l’art ne vit jamais aussi bien que conjugué avec la poésie, la musique ou la danse. Toujours par monts et par vaux, il rythme sa vie au gré de grands événements artistiques majeurs, de biennales en FIAC de tous acabits, partout où le portent ses passions de curiosité et de découvertes effervescentes, incandescentes, vitales, s’investissant toujours dans la transmission de son immense culture partout où il sait poser ses complexités. 

A Biarritz se profile déjà en 2018 l’année Picasso qui grava son empreinte sur le terreau culturel de la cité avant de s’évader, en un nuage somptueux, vers les rivages méditerranéens. Dès le 25 novembre, « Le Mystère Picasso » de Clouzot vient ressusciter au Cinéma Le Royal l’ombre flamboyante, étincelante et provocatrice de cet artiste qui vécut ici un passage tourmenté entre classicisme et cubisme, entre amour d’une danseuse russe et découverte de son style. Une évocation insolente que l’on espère suivie d’autres événements autour d’une présence incendiaire à l’aube des années folles qui firent ensuite la réputation et le devenir de Biarritz.

A coup sûr, une exposition tout en fulgurances fragiles à ne pas rater et un mouvement associatif artistique où s’inscrire résolument. Nous vous laissons méditer ces quelques mots en forme de perles de l’artistes: « Il ne faut pas avoir peur des moments entre ces moments moches, ces moments plats où l’écriture est gauche. Les mots se chevauchent, un peu lourds, un peu gauches. Ce sont ces moments-là qui font les mots adroits, les moments arrêtés et les moments de beauté. Ce sont ces deux moments ensemble qui mettent l’encre en mouvement. J’ai besoin de ces moments fragiles comme des moments habiles…ça donne des poèmes frabiles… »

Exposition « Artha et autres histoires », Villa Ducontenia, entrée libre

http://ilargitaldea.blogspot.fr

www.nouvellejune.com/fr/ecriture/mon-corps-est-ma-maison/

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 88 Times


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier