Coups de coeur

Published on octobre 27th, 2016 | by MagMozaik

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Apnée…

Coup de gueule, coup de coeur, comme sait volontiers nous les assener Corine, présidente du cinéma Le Royal, pour mieux doper nos neurones assoupies à l’encre de ses mots qui prennent le pouls, en pellicules féroces, humaines, urgentes, des dérives de nos sociétés anesthésiées. Coup de gueule, coup de coeur salutaires que nous partageons à nouveau par la force d’un texte pertinent et nécessaire, plus que jamais! Merci à elle de déranger ainsi nos consciences!

La phrase d’Albert Einstein :”Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” devrait sans cesse tourner dans nos têtes… S’agit-il juste d’exister ou faut-il vivre ? Et que signifierait “vivre”, sinon réagir ? Le silence dit l’incapacité et l’acceptation tacite de l’inacceptable. On sent partout l’envie de s’endormir face aux scandales qui explosent autour de nous. Comme si fermer les yeux permettait d’éviter le risque. Les paroles politiques, politiciennes plutôt, dans cette période de futures élections désespérantes, ici et ailleurs, répondent-elles pour nous à l’essentiel ? Les discours, les petites phrases assassines tentent de remplir le vide creusé par l’oubli du primordial. Marchons-nous seuls, parallèles, sans se toucher, dans une sorte de désert ? Abandonnant l’humain, nous sentons-nous abandonnés ? Sur le bord du chemin, nous regardons l’intolérable. Nous voyons souffrir des êtres, nous entendons en fond des discours qui nient cette souffrance, des mots indignes. Et nous voilà immobiles. En apnée…

Il va nous falloir avoir des idées, redonner de l’élan à nos mouvements figés. La nécessité de créer du nouveau crie au cœur de nous. “Créer c’est vivre deux fois” disait Albert Camus. Nous sentons des envies de dégager des voies nouvelles, de retrouver une respiration qui n’est pas dans les soit-disant vérités qu’on nous assène. Pouvons-nous rester ensevelis sous le pop corn et la violence du silence ? Certains d’entre vous ne le pensent pas, c’est indéniable, qui prennent le chemin de nos salles régulièrement, qui partagent avec nous des débats. Les chiffres parlent qui disent votre fidélité.

Mais il y a paradoxe : suffit-il de regarder la vie sur des écrans ? Ce mois-ci des destins de femmes qui prennent leur vie en mains et dont la force nous bouscule ; et en ce mois du documentaire, des films qui regardent la vie comme elle est et disent aussi comment on peut la prendre à bras-le-corps et dévier même des réalités douloureuses. Sonita, Les pépites, nous montrent qu’il est possible d’agir. Food Coop, Dernières nouvelles du cosmos, La fille de Brest, Tanna, qu’il est possible de résister. Chacun dans son univers, tous inventant des solutions, nous offrant des respirations hors du chaos et des naufrages. Il n’est pas suffisant d’être là posé dans un espace qui ne nous ressemble pas, il faut des raisons de vivre. Le cinéma qui dénonce est un tremplin. Quand les yeux sont ouverts, peut-on continuer à nier et à rester passifs ? Des films nous troublent qui disent les doutes, proposent des moyens non de les contourner mais de les affronter. Pour faire du chemin, “revenir de loin“, comme l’évoque Pierre Carles. Ils sont des lieux où des voix s’élèvent, avec humilité souvent mais courage. Le cinéma nous interroge et nous interrogeons le cinéma. Pour que ça bouge dans nos têtes. Si nous recevons des réalisateurs (comme ce mois-ci Benoît Jacquot, Pierre Carles, Tom Boothe, Sébastien Laudenbach), des artistes (comme Barthélémy Toguo ) des associations (comme Otsokop et d’autres), ce n’est pas “pour faire joli”, pour faire jouer les artifices, c’est parce que nous croyons toujours que l’échange fait avancer et que le dire peut générer le faire. Porter un cinéma reste un acte pour nous, mais sans doute faut-il faire plus encore…

Au-delà de la polémique provoquée par son prix Nobel de littérature, réécoutons ensemble les mots de Bob Dylan malheureusement toujours d’actualité : “Oui, et combien d’années doivent exister certains peuples / Avant qu’il leur soit permis d’être libres ? / Oui, et combien de fois un homme peut-il tourner la tête/En prétendant qu’il ne voit rien ?/(…) Combien de fois un homme doit-il regarder en l’air / Avant de voir le ciel ? /Oui, et combien d’oreilles doit avoir un seul homme/Avant de pouvoir entendre pleurer les gens ? / Oui, et combien faut-il de morts pour qu’il comprenne//Que beaucoup trop de gens sont morts ? / The answer, my friend, is blowin’ in the wind / La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent.”

Corine, Cinéma Le Royal

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