Mozaik de musiques

Published on mars 29th, 2015 | by MagMozaik

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Aimez vous Brahms? Oui définitivement!

La scène Nationale du Sud Aquitain proposait ce samedi 28 mars (ainsi que le dimanche 29 mars à 17 heures) une soirée passionnément Brahms autour de deux œuvres majeures du répertoire. La troisième symphonie en fa majeur op 90 ainsi que le concerto pour violon en Ré Majeur opus 77 avec, en ouverture, une rareté. Nanie, œuvre écrite par Brahms en 1881 pour choeur mixte et orchestre en l’honneur de la mémoire du peintre Allemand Anselm Feuerbach. A la tête de l’ORBCB : Madame Debora Waldman.


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L’avant concert ……

– Lætitia Casabianca arpente la scène. Connaissant le professionnalisme dont elle a toujours fait preuve, l’échauffement vocal débute une heure avant le concert. “Ne cherchez pas à projeter, cherchez à résonner !” L’acoustique du théâtre est sèche par rapport à l’auditorium et ne pardonne rien. Profitant d’une pause elle me confie la difficulté pour les sopranes dans “Nanie” de Brahms. Le texte en Allemand n’est pas intrinsèquement un obstacle, mais les sopranes montent jusqu’au “La” et il faut porter ce texte en espérant que l’orchestre ne les couvre pas.

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– Debora Waldman la chef d’orchestre semble détendue tandis que les portes du Théâtre s’ouvre et que le public s’installe sur les fauteuils au velours rouges. La salle est pleine. Pendant que Mickaël Gavazzi directeur du Conservatoire de Bayonne et lui même chef d’orchestre présente les œuvres, la “délicieuse tension” d’avant l’ouverture du rideau est palpable. Les chanteurs font des exercices de détente. Le corps humain est rempli de résonateurs qui fonctionnent mieux dans le lâcher prise.

Ouverture du rideau.

Debora Waldman traverse la scène, salut le public et monte sur l’estrade. Je cadre mon appareil pour essayer de saisir l’instant. L’instant ou, par son premier geste, elle va faire oeuvre de création. Les yeux se ferment dans un bol de silence. Spiralant, contorsionnant dans les premiers mesures autour d’une tonique, le Hautbois magique de Monsieur Rémus traverse l’espace. éclairage en clair obscur d’une peinture marine d’un joseph William Turner, fil d’Ariane de “Nanie”.

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Auch das Shone muB sterben ! Même la beauté doit mourir !

– Les sopranes, altis, ténors basses, dans un phrasé impeccable déclament du Schiller avec une belle musicalité. l’articulation des phonèmes permet une belle texture sonore malgré la matité de la salle. Le mélisme avec l’orchestre fonctionne dans de belles articulations. Le Forte”Das Menschen und Gotter“….quasiment à Cappella n’est pas forcé, mais porté grâce au respect d’une métrique soigneusement préparée. L’arrivée des Néréides accompagnant Thétis, la mère d’Ulysse,dans un Tutti magistral ressemble à de l’horlogerie Suisse.

– Les bois doublant les chœurs sur la pulsation en triolet des timbales, les pizzicatis des cordes parfaitement coordonnées provoque chez l’auditeur une réelle émotion d’autant plus que la réexposition au “Tempo primo ” annonçant le final, respecte scrupuleusement un agencement structurel digne d’un jardin à la Française. Ovation pour le chœur et pour le remarquable travail de Madame Casabianca.

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Et l’orchestre de Bayonne se mit à orpailler la troisième symphonie de Brahms

– Un premier mouvement en Fa majeur qui sidère la salle par la luminosité du discours. Les premières mesure entre cuivres et bois résonnent, rampe de lancement des cordes”passionatos, torrent de sons et de lumières ….. ” Le tempo choisi par Madame Waldman est à l’image de sa direction Allegro con Brio et me fait penser à Georg Solti. Quelle Maestria, quelle clarté dans chaque pupitre. !

– Le second thème, si champêtre, énoncé à la clarinette de Monsieur Thierry Leroy est une pure merveille de musicalité. Nous sommes à Wiesbaden, durant ce bel été de 1883, ville thermale au trois Lys d’or, ou Brahms aimait séjourner. A la fin de ce premier mouvement, une ovation générale traverse le théâtre ! L’orchestre régional tutoie les étoiles…… et nous y sommes aussi !

Tay Murray, l’Anti Star du violon.

– Je profite de l’entracte pour demander à Tay Murray, avec mon anglais du Sud ouest, quelle cadence elle avait choisi. Joachim ! me confia t’elle en serrant son magnifique violon Thomas Balestriani de 1765. Je suis surpris par la simplicité de cette jeune femme que le New York Times met sur un piédestal en forme de gratte ciel.

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La protégée de Yuyal Yaron, de Franco Gulli et de Joél Smirnoff se présente devant le public, élégante, attentive à ce concerto ressemblant plus à une symphonie concertante tant le soliste fait corps avec la sémantique de l’orchestre. De Yehudi Menuhin à Anne sophie Mutter, De joseph Szigeti à Gil Shaham, ce concerto a été sillonné par des archets virtuoses sur les plus grandes scènes internationales.

– Bienvenue à Purtsdraach au bord du Worthese !

Les couleurs orchestrales entendues dans la troisième symphonie s’invite dans un banquet romantique à souhait. L’introduction thématique amène, dans un crescendo parfaitement maîtrisé, l’intervention du soliste qui aimante l’orchestre. Une flûte aérienne, des bassons forestiers, des cordes tissées accompagnent la soliste dans une sérénité totale.La salle comme l’orchestre régional est sur orbite.

Le jeu de Tay Murray ne tombe jamais dans l’excès d’un vibrato omniscient flattant l’oreille. La lumière sonore tamisée de l’orchestre offre un écrin dans lequel s’épanouit naturellement sa gestuelle élégante . Dans le médium et le grave, Le Balestriani est un breuvage d’une onctuosité remarquable aux harmoniques enivrantes. Le premier mouvement reçoit de la part du public une vibrante ovation tout comme L’allegro Giocoso final, hymne à la fête pour un Bacchus tzigane mutin.

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La salle est en transe. Des fleurs, des Bravos. Tay Murray et Debora Waldman saluent le public et délivrent un sourire complice. Un bis, on ne peut plus original, emplira une dernière fois l’espace. “Recuerdos de la Alhambra”, pièce connue des guitaristes, composée en 1896 à Grenade par Francisco Tarrega  interprétée par Tay Murray au violon ! Un instant rare ……dans tous les sens du terme.

Clap de fin.

Laetitia Casabianca, Debora Waltman, Tay Murray, le choeur, l’orchestre Régional ont su, dans une soirée parfaitement maîtrisée, faire souffler dans les travées du Théâtre de Bayonne un parfum aux fragrances subtiles. Un hommage rendu à Brahms par des artistes au service de l’essentiel. : Partager du plaisir dans un flacon Romantique à souhait.

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Xavier HEUTY, magmozaik64200@gmail.com

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One Response to Aimez vous Brahms? Oui définitivement!

  1. Jean-Michel Esperne says:

    Merci pour cette belle recension du concert, en espérant que vous serez disponible le 18 avril à Ste Eugénie pour le prochain concert baroque orchestre et chœur ainsi que le 23 juin au Quintaou où nous accueillerons l’ensemble vocal londonien VOCES8, qui vient de se produire notamment à la Folle Journée de Nantes.
    Cordialement,

    Jean-Michel Esperne
    Président de l’association des chœurs ORBCB

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