Coups de coeur

Published on août 15th, 2014 | by MagMozaik

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A la fin de l’envoi… Je touche!

Point de Myrmidon, de dindon ou de Larydon à escarmoucher dans ce public là! Les rimes de Cyrano s’envolent, voltigent, virevoltent, sur la voix incisive, un brin rocailleuse, de ce magnifique comédien, élégant comme Céladon, agile comme Scaramouche. Dissimulé derrière un masque douloureux, seule sa voix modulée en une mosaique étonnantes d’intonations, tour à tour subtiles ou fragiles et fières à la gasconne,  résonne en ce parc qu’on croirait conçu pour sublimer et ciseler les vers d’un certain Edmond Rostand. Point de petit marquis estourbi ici, seulement un public touché au coeur même de ses émotions…à la fin de l’envoi…!

Des comédiens adeptes de Montfleury? Une mise en scène académique à glacer d’effroi des vers corsetés? Non merci! Des costumes ou décors sortis de malles fleurant bon la naphtaline, la poussière ou l’ennui? Non merci! Un spectacle formaté aux dimensions d’une scène rigide, véritable mur entre les artistes et leur public? Non merci, non merci, non MERCI! Mais…Des Cadets de Gascogne aux allures de pirates dont l’accent chante, une chorégraphie tissée au plus près du jeu des acteurs, un ballet rythmé de vers et de notes de violon fusionnels qui se joue des espaces, sort des tréteaux pour mieux habiter le parc ou impliquer les spectateurs? Illuminer la chair et la musique des mots d’une partition de dentelle, imaginée par Rostand lui même, sublimée par un virtuose dont les doigts magiques transforment les notes en émotions pures et palpables? Oui! avec jubilation!Et monter très haut? sûrement … mais pas seuls! Cyrano, alias Stéphane Dauch, et Petr Ruzicka ne sont plus que les 2 facettes d’un même personnage, tant le violon exprime le tumulte des sentiments du fier gascon, dont seul le papier recueille les secrets  les plus intimes et fragiles…

Une perfection ..d’Accords!

Chapeau bas des piètres cadets que nous sommes à l’association Accords, organisatrice de ce festival. Une mise en place au cordeau, un accueil charmant autant qu’efficace, bière et cidre basques à déguster à l’Orangerie sur fond de musique live (Jazzo Brasil le 14, Guy Lamour le 15 et le Trio Arnaud Labastie le 16), de quoi savourer de douces nuits d’été que ne renierait pas Shakespeare, plaids en prime pour les frileux(ses) dont je suis! Une mécanique bien huilée dont on n’imagine pas souvent la somme de travail, de préparation et de dévouement qu’elle représente de la part de bénévoles, motivés par l’amour du théâtre!

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Hommage aussi aux partenaires et sponsors qui offrent au festival les moyens de permettre au plus large public possible d’accéder à de merveilleuses perles culturelles, l’espace de quelques soirées hors du temps, toute l’année (voir site Accords)

Cyrano?…”Ne me quittes pas”!… Quand deux mythes se télescopent

Non sans délicatesse et sensibilité exacerbée, Jean Pierre Daguerre, initiateur du projet, en collaboration avec la jeune formation du Grenier de Babouchka (créée en 2013, 11 artistes, un metteur en scène et un technicien en équipe de tournée) dont il assure la direction artistique depuis 4 ans à Paris, et de multiples partenaires locaux (Festival Comédies côté jardin, association Accords de Cambo, association des Amis du Théâtre de la Côte basque, association Harri Xurri de Louhossoa et la ville de Cambo), nous a offert, ce soir, un petit bijou à la hauteur d’un cadre où déambule l’ombre de Rostand.

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La troupe? 11 comédiens dont on ressent la vive passion pour un art fait de braise et d’émotions, distillées au gré de mots comme autant de diamants cristallins. Tous mettent leur talent et leur verve  au service de Cyrano (Stéphane Dauch, aux palettes colorées, de la comédie au tragique, sans négliger d’insolites incursions dans l’univers de l’opéra, de la télévision ou du cinéma), de Roxane (flamboyante Charlotte Matzneff), de Lebret (Yves Roux), de Christian de Neuvillette ( Simon Coutret), du Comte de Guiche ( Edouard Rouland), de Ragueneau et de son épouse ( (Didier Lafaye et Mona Thanaël) ou de tous les Cadets de Gascogne, de Carbon, de Castel-Jaloux, bretteurs et menteurs sans vergogne (Emilien Fabrizio, Nicolas Le Guyarden et Simon Gleizes). Rien n’existerait de cette formidable aventure sans la création de costumes (Corinne Rossi) ou de lumière (Frédéric Bures) et la scénographie et décors de Vanessa Rey.

Cerise sur la tartelette aux amandines? Le violoniste virtuose tchèque Petr Ruzicka. Sollicité par tous les grands ensembles internationaux, il opte très vite pour une carrière de soliste hors des sentiers battus en composant pour le spectacle vivant. De sa rencontre avec Jean-Philippe Daguerre surgiront de multiples créations ou adaptations de partitions, dont celle de Cyrano.

Rêver, rire, passer, être seul, être libre, avoir l’oeil qui regarde bien… Mordiou! tels nous nous sentions hier soir!

Pour davantage d’infos sur la génèse du spectacle, nous vous renvoyons à notre précédent article du 23 juillet et aux sites d’Accords ou de la Cie

www.magmozaik.com/2014/07/moi-monsieur-si-javais-un-tel-nez/

www.legrenier.asso.fr

www.accords-asso.org/festival.php

Dame pluie, un instant émoustillée à l’idée de verser là ses larmes abondantes, se retira sur la pointe des pieds, surprise que nul ne daigne remarquer le quart de la moitié du commencement d’une cinglante averse! Patiente et résignée, elle attendit la mort de ce trublion au nez si particulier pour tenter de couvrir, en vain, les ovations d’hommes de femmes et d’enfants conquis par tant de virtuosité et de talents qui se déchainèrent en un violent tonnerre joyeux!! Dépitée, un brin vexée, elle s’esquiva vite, constatant , à son grand dam, qu’elle ne pourrait, ce soir là, éteindre les étoiles gravées dans les regards. 2 jours encore? Lui suffiront-ils à relever le gant de sa vieille paire éculée? On en doute fort car en ce soir du 14 août, à minuit, Monsieur le déluge est mort assassiné par la passion de nombreux fanatiques pour le théâtre de Monsieur Rostand…

Et pour transmettre le flambeau au spectacle de ce soir, écoutons ce bon Ragueneau:” Hier on jouait Scapin et j’ai vu qu’il vous avait pris une scène…Oui, Monsieur, le fameux que Diable allait-il faire?…” Et nous nous inscrirons en faux quand Cyrano rétorquera:”Ma vie fut d’être celui qui souffle… et qu’on n’oublie”… NON, RÉSOLUMENT NON, Monsieur Cyrano Savinien-Hercule de Bergerac!

Catherine CLERC, contact@magmozaik.com

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