Coups de coeur

Published on décembre 19th, 2015 | by MagMozaik

1

4×4: Quand grâce et rigueur algorythmique fusionnent

Superbes architectures éphémères, précises, virtuoses, élégantes et pétries d’une grâce fluide que celles proposées ce soir par la Compagnie Gandini Junggling, créée en 1992 par un passionné de mathématiques, Sean Gandini et Kati Yla-Hokkala, tous deux jongleurs émérites et créatifs. 4 danseurs, 4 jongleurs se croisent en une partition chorégraphique où corps et objets composent de véritables tableaux vivants qu’égrène, en notes épurées et subtiles,  le quintette de cordes présent sur la scène, comme une ponctuation nécessaire de cette harmonie gestuelle. Une heure de pure magie en d’improbables et parfaites modulations créatives de figures. Une poésie mathématiques rare déclinée en quelques pépites d’équations, telles que sait désormais les dénicher la Scène Nationale du Sud Aquitain!

L'avant-garde somptueuse du cirque contemporain

Tout commence en 1992 lorsque ce jongleur, élevé à la Havane et féru de mathématiques, dont les courbes de fonctions seraient à esquisser dans l’espace, fonde avec Kati Ylä-Hokkala ce qui deviendra la Compagnie Gandini Junggling. L’ambition? Revisiter cet art aérien et précis du cirque contemporain en lui alliant la grâce de la danse classique tout en partitions élégantes et sobres. Sa poésie mathématique des chorégraphies est née.

Pour ce spectacle 4×4, il juxtapose 4 jongleurs et 4 danseurs mais leur virtuosité et l’excellence de leurs techniques sont telles et si fusionnelles qu’on ne sait plus qui est jongleur ou jongleuse et qui est danseur ou danseuse tant est fluide et harmonieuse leur représentation! Il faut dire que le chorégraphe du spectacle n’est autre -excusez du peu- que Ludovic Ondiviela, premier danseur du Royal Ballet de Londres et que Sean Gandini est lui même professeur au Centre National des Arts du Cirque de Londres! A l’heure où certains de nos politiques jugent les arts du cirque inutiles, comme de simples bagatelles amusantes à ératiquer, il est salutaire de réaliser à quel point ces derniers savent s’allier à d’autres arts pour atteindre une perfection qui nourrit notre esprit et nos soifs de cultures diverses!

L’affiche, alléchante, s’annonce riche en talents multiples à commencer par les musiciens (Camerata Alma Viva et composition Nimrod Borenstein) et le créateur des lumières (Guy Hoare). Le quatuor des jongleurs? Kati Ylä-Hokkala, Sean Gandini himself très en verve et virevoltant, Owen Reynolds et Sakari Männistö. Les danseurs? Erin O’Toole, Joe Bishop, Kate Byrne et Kieran Stoneley.

Corps et objets: de sublimes partitions!

Raffiné et subtil, Ondiviela compose des tableaux aux géométries mouvantes au gré des trajectoires d’objets ou de corps dont les figures prolongent cercles, balles ou quilles en graphismes projetés sur des toiles qui seraient l’espace, en 3 dimensions! Les tonalités musicales et les jeux de lumières rythment et suivent les gestuelles précises et fluides, en un décor dénudé que seuls habitent en ombres les musiciennes. Les costumes simples, épurés, magnifient d’autant les corps et les objets qui sont autant de nuances picturales sur cette palette chorégraphique. En cette sublime équation mathématique, les voix des artistes se font aussi musiques péremptoires ou ludiques, en résonances cocasses et mélodieuses, avec un leit motiv clairement énoncé comme une logique évidente: Tout n’est que code et langage à déchiffrer pour emprunter les labyrinthes, tracer les itinéraires, mieux voir et lire ou se diriger pour forger l’harmonie en toutes choses.

Et de fait, de multiples tableaux déclinent, en nuances tantôt drolatiques tantôt sensuelles et douces, ce fil rouge pour le moins aérien, gracieux, épuré et non moins rythmé, à travers des jeux où voix, notes, lumières et corps s’entremêlent avec précision pour mieux susciter l’admiration d’un public conquis! Les balles se la jouent tango, couleurs, et formes géométriques au sol ou dans l’espace, entrainant en leur sillage les gestes des danseurs qui se calquent sur le rythme des boules jaunes, vertes, blanches…et une rouge! Les cercles, véritables bulles de rêves se conjuguent en une fine polka sur un échiquier subtil de lumières et d’ombres où évoluent les artistes mutins ou complices…

Des volutes et arabesques dont on aimerait qu’elles ne finissent jamais… Mais déjà en une gestuelle époustouflante de mouvements croisés, les balles s’alignent sur toute la scène en une série aléatoire de couleurs finement proposée avec un humour léger qui habite le spectacle tout entier, magnifiquement incarné par un Sean Gandini qui ne cache pas son plaisir d’offrir son univers au public…Et de récupérer son petit bonhomme de Noël qui assistait au spectacle en bord de scène!

Une véritable ovation salue cette magnifique compagnie qui mérite amplement sa renommée internationale. Qui donc disait que les arts du cirque ou la danse ne servaient à rien? Demandez aux spectateurs réjouis et détendus ce qu’ils en pensent!

Voir www.scenenationale.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 55 Times

Tags: , ,


One Response to 4×4: Quand grâce et rigueur algorythmique fusionnent

  1. astrid guillermin says:

    Très jolie découverte que la compagnie Gandini: ma curiosité est attirée et séduite par ce jeu des nombres !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier